Oui le débat sur l’organisation administrative et politique de la Normandie fait entièrement partie du projet régional.

Certains voudraient ces jours-ci accréditer l’idée que le débat sur le chef-lieu de région, le siège de la collectivité, les lieux de réunion de son assemblée délibérante et la localisation des services, occulte la réflexion sur le projet pour la Normandie de demain. Preuve que ce débat dérange.

Lorsque je m’exprime sur l’organisation institutionnelle de la future région, je n’ai pas le sentiment de le faire au détriment du projet. Bien au contraire. Si j’avais la conviction que cette question est sans conséquence pour le destin de la Normandie et donc pour le département dont j’ai la charge exécutive et pour sa ville chef-lieu, elle ne me préoccuperait pas. Mais elle est en fait au cœur même de la construction régionale à venir.

Je le pense fortement : la ré-union de la Normandie est parmi les nouvelles régions la plus évidente et paradoxalement, pour cette raison, sans doute la démarche la plus compliquée et la plus sensible. Sa future gouvernance est la condition première de sa réussite.

Changer d’espace modifie les repères. Les particuliers qui déménagent en font l’expérience comme les acteurs économiques et les entreprises qui investissent de nouveaux marchés. Il faut se situer dans un ailleurs inconnu même s’il est géographiquement proche. Il faut s’y reconnaître et s’y faire reconnaître. La même appréhension du changement vaut pour les collectivités et leurs élus.

Or élus, entreprises, particuliers vont ensemble changer d’espace en changeant de région. Mais sans bouger pour autant. Ce qui est encore plus complexe car cet environnement sera à la fois semblable et différent. Le partage d’un espace familier mais élargi s’imposera en même temps que son appropriation, comme une cohabitation obligée d’anciens « concurrents ». Pas si simple.

Les compétences qui comptent en matière d’aménagement du territoire et de développement économique et social sont confiées aux conseils régionaux. Elles sont déterminantes pour l’avenir de nos territoires bien plus encore que celles que détient l’Etat en région. Elles structureront les projets des candidats pour le vote de décembre. Le soutien aux entreprises, la formation professionnelle, les lycées, l’accompagnement de l’enseignement supérieur et de la recherche, les transports, les aides européennes, -pour ne citer que quelques unes des compétences des collectivités régionales -, seront mises en œuvre dans ce nouvel espace. Il est dès lors essentiel que chacun soit convaincu que les décisions dans ces domaines prendront en compte TOUT le territoire régional et qu’elles ne seront pas « confisquées » au profit premier d’une « métropole capitale » soucieuse de concentrer l’ensemble des fonctions et des moyens. L’effectivité de la localisation du pouvoir régional est la condition de sa légitimité à être au service de la région toute entière.

Encore une fois, par sa centralité, Caen peut seule apporter à tous les garanties de l’équilibre et donc d’un partage équitable. Mais pas juste en accueillant quelques jours par an, une fois par trimestre selon la loi, les réunions de l’assemblée régionale.

Quant à l’installation de services administratifs via des « pôles de compétences » hors Rouen, dans les autres villes de la région, elle est légitime mais ne doit pas être « octroyée » comme un lot de consolation préparé dans l’opacité administrative et l’entre-soi politique.

Soucieux de rassembler et de ne pas inquiéter, les deux candidats-présidents ou présidents-candidats (on ne sait plus tant le mélange des genres est flagrant mais c’est un autre sujet) en appellent à l’équilibre entre Rouen et Caen. Ils restent pour autant flous sur ce qu’ils veulent réellement partager : hôtel de région, lieu des réunions du conseil, services ? Ils tentent de rassurer après l’avis du CESER Haut-normand qui a eu au moins l’extrême mérite de la clarté en prônant la concentration, d’ailleurs au mépris de la loi.

Tous ces propos ne me convainquent pas, ils ne me rassurent pas davantage bien au contraire.

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Organisation de la Normandie ou le bon mot pour le dire : ma question écrite au Ministre de l’intérieur

Communiqué de Jean-Léonce DUPONT

Le bon mot pour le dire

Ce dimanche, le président sortant de Haute-Normandie, candidat aux futures élections régionales, a lancé sa campagne en promettant qu’en cas de victoire « le siège des assemblées » serait à Caen. De quoi parle-t-il précisément puisque la très solennelle tribune qu’il cosignait une semaine avant disait que « le Président de Région et le Préfet, par les fonctions qu’ils exercent, doivent pouvoir travailler ensemble facilement. Ce qui n’empêchera nullement le Conseil régional de siéger à Caen s’il le décide, comme le prévoit d’ailleurs la loi ». Alors que le préfet de Haute-Normandie, sitôt nommé préfet préfigurateur, évoquait dans les medias la nécessaire proximité géographique entre le futur préfet et le futur président de la région, que le rapport des inspections générales exprimait également cette utilité et enfin que le ministre de l’intérieur indiquait à peu près en même temps que « les futurs conseillers régionaux auraient à choisir in fine le lieu de leurs délibérations », cela commence à faire beaucoup. Beaucoup trop.

Le « jeu de mots » ressemble de plus en plus à un leurre alors que se joue l’avenir du territoire : le siège du conseil régional-assemblée délibérante (élus) semble être devenu à gauche le synonyme politique parfait du siège du conseil régional-collectivité (services).

Mais la loi – et l’amendement Tourret – ne les confond pas et distingue sans ambiguïté « emplacement de l’hôtel de la région » et « lieux de réunion du conseil régional » et c’est bien en ces termes précis qu’au lendemain du scrutin, le futur conseil régional devra délibérer. L’enjeu est donc le suivant : si Rouen devenait définitivement le chef-lieu (préfecture), Caen pourrait-elle légalement n’être plus que le lieu de réunion d’une assemblée dont l’hôtel de région serait à Rouen ? Ce qui semble bien être le but ultime de Messieurs Cazeneuve, Mayer-Rossignol et consorts.

Parce que les électeurs doivent avoir une information précise sur les possibilités réellement ouvertes par la loi et que celle-ci ne se limite pas à la règle protectrice des 3/5 des membres du conseil régional obligatoires pour que soient concentrés en un seul lieu Préfet, Hôtel de région et lieu des réunions, j’ai décidé de poser la question écrite suivante au Ministre de l’Intérieur, en charge des collectivités territoriales, afin que sa réponse puisse venir le plus tôt possible éclairer le débat et la campagne électorale.

Question écrite de Jean-Léonce DUPONT sur les modalités de l’organisation administrative des nouvelles régions

Jean-Léonce DUPONT interroge M le Ministre de l’Intérieur sur l’application de l’article 2 de la loi du 16 janvier 2014 relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral.

Cet article précise les conditions du prononcé de l’avis que devra donner le futur conseil régional avant le 1er juillet 2016 sur le choix du chef-lieu définitif (siège de la préfecture). Deux possibilités y sont décrites selon que cet avis s’intègre ou non dans une résolution unique prévoyant en même temps l’emplacement de l’hôtel de la région, le lieu des réunions de son assemblée, de ses commissions, des réunions du CESER et les modalités de la gestion de ses implantations immobilières :

  • Si une résolution unique est adoptée, la loi précise seulement qu’elle doit réunir une majorité qualifiée des 3/5 des membres du conseil régional pour fixer son hôtel de région et le lieu de la majorité de ses réunions dans la même unité urbaine que le chef-lieu proposé (le CESER et les modalités de gestion des implantations immobilières ne rentrant pas en considération à ce stade).
  • En l’absence d’un vote d’une résolution unique, la loi considère que l’avis sur le choix du chef-lieu est réputé favorable et ajoute que les délibérations de l’assemblée délibérante, obligatoires pour fixer l’emplacement de l’hôtel de la région et les lieux de réunion du conseil, ne peuvent prévoir qu’ils soient dans la même aire urbaine que le chef-lieu.

Alors que la résolution peut tout à fait être votée à la majorité simple, la loi n’impose rien quant à son contenu dans ce cas. Le respect du principe de libre administration des collectivités territoriales s’exerce, aux propres termes de la Constitution, « dans les conditions prévues par la loi » et n’empêche nullement qu’il soit encadré quand l’intérêt général le justifie. En l’espèce, si l’unité de lieu suppose une majorité qualifiée et fait figure d’exception, la répartition entre deux aires urbaines ou plus est donc a contrario le principe. Dès lors, une résolution prévoyant que l’assemblée délibérante (en plénière ou en commissions) se réunit le plus souvent ailleurs qu’au chef-lieu de la région où l’hôtel de la région sera par ailleurs installé peut être votée.

Suffit-il effectivement de placer hors de l’aire urbaine où est installé le chef-lieu de région un élément sur les trois évoqués (en l’espèce le lieu de réunions) pour voter en toute légalité une résolution à la majorité simple ?

Dans le silence de la loi sur ce point, Jean-Léonce DUPONT demande à M le Ministre de l’Intérieur de bien vouloir lui confirmer cette possibilité.

A lire sur la réorganisation à venir de l’Etat en région

Deux rapports très instructifs viennent d’être rendus publics. Ils ont pour auteurs les Inspections générales et pour objet la réorganisation de l’administration de l’Etat en région dans la perspective prochaine de la nouvelle carte des régions. Naturellement leurs auteurs prennent aussi en considération les administrations des collectivités territoriales régionales et font certaines propositions, comme celle qui vise à ne pas trop éloigner Préfet de région et Président de région…..

Le premier de ces rapports traite de   L’évolution-de-l’organisation-régionale-de-l’Etat-consécutive-à-la-nouvelle-délimitation-des-régions et le second de l’évolution-de-l’État-territorial-pour-l’éducation-nationale,-l’enseignement-supérieur-et-la-recherche-

Organisation de la région Normandie : le Ministre de l’Intérieur cherche à dénaturer la loi et à leurrer les futurs électeurs.

Voici le texte du communiqué envoyé ce jour aux medias

Le communiqué du Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, curieusement diffusé le dimanche 3 mai via la Préfecture de la Manche, témoigne d’une nervosité qui augure bien mal des mois à venir pour la construction de la Normandie.

J’y relève deux affirmations pour le moins « abracadabrantesques » :

  • A propos de l’organisation administrative et politique de la future région: le ministre rend un hommage appuyé à « l’amendement Tourret » qui selon les mots de Bernard Cazeneuve « permettra aux élus régionaux de choisir in fine le lieu des délibérations du nouveau conseil régional ». Certes mais pas seulement. J’invite le Ministre à relire la loi : ce sont à la fois le siège et le lieu de ses sessions qui seront choisis par le futur conseil régional et ils ne peuvent pas être dans la même aire urbaine que le chef-lieu de région sauf si une improbable majorité des 3/5 en décide autrement. Au mépris des droits des collectivités et loin de la « répartition équilibrée des pouvoirs » qu’il vante, le Ministre semble donc entériner les propos de son Préfet-préfigurateur appelant de ses vœux une proximité géographique entre le futur Préfet et le futur Président de région et ce faisant une identité de lieu entre chef-lieu et siège de la collectivité. En affirmant que les élus régionaux n’auraient à choisir que leur lieu de délibérations, le Ministre se livre ostensiblement à un contournement et à une dénaturation scandaleuse de la loi et de l’amendement Tourret.
  • A propos des fonctionnaires territoriaux: Bernard Cazeneuve affirme qu’ils pourront demeurer en poste là où ils exercent aujourd’hui. C’est un scoop ! Le ministre en charge des collectivités locales a-t-il oublié le principe constitutionnel de libre administration ou cela annonce-t-il un abandon prochain de la décentralisation ? En outre, affirmer le statu quo revient de facto à doublonner les services. C’est de la folie pure et simple. Au moment où les finances publiques sont exsangues, où l’Etat baisse ses dotations aux collectivités, la fusion de deux régions ne se traduirait donc in fine que par l’existence d’un seul Président et d’un seul Préfet au lieu de deux. Pour le reste, rien ne changerait puisque le futur conseil régional compte autant d’élus que les deux anciens réunis. La réforme territoriale était pourtant présentée comme une source d’économies substantielles. La fusion de collectivités est un motif d’inquiétude légitime pour les agents, confrontés à de nouvelles perspectives professionnelles et à des mobilités souvent sources de difficultés personnelles et familiales. Elle doit être préparée avec soin et dans le respect des personnes. Elle ne saurait justifier une attitude démagogique et irresponsable qui ne trompera durablement ni les agents concernés ni les électeurs-contribuables.

La construction de l’administration de la Normandie, qu’il s’agisse de la mise en œuvre des compétences de l’Etat ou de la collectivité territoriale, est complexe. Personne ne le nie. Elle mérite de se préparer dans un autre cadre que celui de la campagne électorale socialiste que semble désormais vouloir diriger le Ministre de l’Intérieur lui-même.

G5 : les 5 présidents de conseils départementaux normands réunis à Caen

J’avais lancé l’invitation dès ma réélection à la présidence du conseil départemental du Calvados début avril. La première réunion du « G5″ qui rassemble les 5 présidents des 5 départements normands s’est tenue ce lundi à Caen. La prochaine se tiendra fin juin dans l’Eure. Il s’agit naturellement d’établir les bases d’un travail partagé et de préparer ensemble la future région Normandie que nos départements constituent.

Lire ici le communiqué commun publié à l’issue de notre rencontre et de la conférence de presse qui l’a suivie.

g5

Ils m’entourent de gauche à droite : Sébastien Lecornu, président du CD de l’Eure, Philippe Bas, président du CD de la Manche,  Pascal Martin, président du CD de Seine-Maritime et Alain Lambert, président du CD de l’Orne.