Rumeurs de capitale(s)….des propos alarmants

Pressé par les contraintes juridiques et constitutionnelles d’un calendrier électoral qu’il a lui-même rendu impraticable, le Gouvernement plancherait d’ores et déjà sur le choix du chef-lieu de chaque nouvelle région. Il étudierait l’hypothèse d’un partage des tâches pour la future Normandie : à Rouen le siège du conseil régional et à Caen la Préfecture. Et le Ministre des affaires étrangères, présent à Caen, de préciser, selon les termes repris par la presse : « L’unification de la Normandie se fera dans un bon équilibre entre la Haute et la Basse Normandie. Aucune décision n’est prise. Nous allons en discuter avec Bernard Cazeneuve. » (Ouest-France Dimanche)

En lisant ces propos, je suis très en colère. Après une carte régionale dessinée un soir à l’Elysée dans une précipitation telle que la tribune présidentielle avait été envoyée aux rédactions de la presse quotidienne régionale avec la mention XX à la place du nombre de nouvelles régions, au milieu d’un débat parlementaire mené à fond de train par un Gouvernement pour le moins expéditif, voilà que la question du chef-lieu de la Normandie va se discuter entre Laurent Fabius et Bernard Cazeneuve, élus socialistes de chacune des deux régions fusionnées. Décidément l’entre-soi est un mode de gouvernement.

Je l’ai dit publiquement : nous devons nous battre pour garantir la place et le rôle de Caen car il y va du développement de tous nos territoires bas-normands. Il est légitime que la Haute-Normandie ait pour Rouen un désir identique. J’ajoute que dans la réflexion sur le partage des charges et fonctions de centralité, il importe aussi de ne pas oublier Le Havre.

Depuis leur création, les actuelles régions se sont forgées une identité propre et la ville-centre l’incarne largement. Une évolution des périmètres n’est pas inacceptable mais elle appelle une très grande vigilance particulièrement en l’état de notre pays. Les territoires sont des moteurs du développement économique et les régions-collectivités ont en la matière des compétences structurantes, pilotées à partir de leur ville-centre. Pour que cela fonctionne, il faut également que tous les acteurs publics et privés, collectifs et individuels (ce qui inclut les habitants) se sentent parties prenantes de l’avenir régional et s’identifient demain à la nouvelle collectivité. Imposer sans débattre est une hérésie.

La Normandie est, sur la future carte, la seule nouvelle région d’évidence. Chacun de nous, lorsqu’il voyage, se dit normand sans préciser plus avant. C’est un formidable atout. Mais nous savons bien que depuis que l’idée de réunification fait son chemin, la question du chef-lieu est particulièrement clivante. Attention aujourd’hui à ce qu’à la faveur d’une décision très lourde qui ne serait ni comprise ni partagée, ne vienne pas se cacher, comme un cheval de Troie, le ferment d’une division durable et destructrice. Une sorte de fracture régionale. Les propos tenus hier sur la méthode sont à cet égard alarmants.

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