Quand le Conseil général reçoit les maires du Calvados…

Comme il le fait chaque année depuis que la décentralisation a fait son entrée dans notre paysage institutionnel en 1982, le Conseil général a reçu samedi les maires du Calvados au Château de Bénouville.

J’ai à cette occasion et pour poursuivre cette tradition conviviale, prononcé un discours que je vous propose de retrouver ci-après. J’ai notamment voulu revenir sur les différentes réformes que vivent déjà et vivront très vite nos collectivités, départements, communes, intercommunalités et sur les enjeux auxquels nous sommes tous, élus, confrontés…

Au-delà de l’honneur de vous accueillir aujourd’hui et vous souhaiter la bienvenue dans ces lieux, au-delà du plaisir de partager ensemble ces moments de convivialité et d’échanges… Au-delà de ce traditionnel rendez-vous de rentrée, votre présence à nos côtés,  témoigne de votre sincère fidélité, de votre attachement profond et de l’intérêt que vous portez à l’institution « Conseil Général » ou devrais-je dire au futur « Conseil Départemental »…

Mais, plutôt que de chercher des raisons à cette présence nombreuse, j’avancerais seulement une hypothèse… c’est peut-être tout simplement que le Conseil Général fait bien son travail et porte justement une grande attention à l’action que chacun, chacune d’entre vous mène sur son propre territoire.

Ce rendez-vous, je le disais,  constitue un moment particulier et offre l’occasion d’une rencontre, d’un échange, d’une discussion, d’évoquer un projet, un souhait, une idée, une demande, de faire une suggestion, une proposition, une requête ou encore dire un ressenti et pourquoi pas aussi faire part de son mécontentement sur certains sujets (le moins possible j’espère !).

Et comme vous le savez, j’accorde une grande importance à ce temps du dialogue et de l’échange.

Je parle de moment particulier, peut-être encore plus cette année, puisque nous sommes, pour reprendre une expression empruntée au cyclisme, dans la dernière ligne droite de cette déjà fin de mandat pour les Maires, les Conseillers Municipaux et Communautaires.

Chaque semaine, je parcours le Département et nos Cantons, d’est en ouest et du nord au sud, pour aller à votre rencontre, à la rencontre de vos projets, découvrir vos réalisations ou visiter nos entreprises.

Ce moment de communion, toujours très concret, avec les territoires me donne l’occasion de me rendre encore mieux compte du travail réalisé, de l’utilisation de l’argent public ; c’est, je le dis souvent, le sens profond de notre engagement public et il faut bien le dire, le côté sympathique de la fonction.

Je mesure toujours avant de couper le ruban, le travail, l’engagement des Maires et de leurs équipes, pour réaliser un équipement ou mener un projet… le temps de l’action publique est un temps de chaque instant.

Le travail de Maire ou d’Elu, en général, est parfois très ingrat, je ne vous apprends rien…

A la question : c’est quoi un bon Elu ? Je crois qu’il n’existe pas de définition rationnelle, au-delà de certaines « aptitudes », c’est avant tout un comportement, une soif d’entreprendre, beaucoup d’altruisme…

Chacun ici peut s’accorder à dire qu’un bon Elu ou un bon Maire : c’est une femme ou un homme au croisement de beaucoup de choses et surtout de beaucoup d’engagements.

C’est un bon diplomate, mais qui sait être ferme, un supporter des bonnes initiatives, un docteur des cœurs, un bon mécano, un bon employeur, un développeur, parfois un peu pompier, mais toujours d’humeur égale, souriant, philosophe, ingénieux, financier. On pourrait le qualifier de « géo-trouvetout », de « super-héros » ou de « panoramix »… bref, il est un Saint-Bernard de l’action publique, disponible et à l’écoute…

Et son rôle se complique lorsque les effets d’une crise économique et sociale sont bien présents ; il faut alors être un bon marin pour naviguer entre le souhaitable et le possible, pour conjuguer l’utile et le nécessaire, et ne pas décevoir tous ceux qui vous ont remis les clés de la Commune pour gérer une grande partie de leur qualité de vie et de leur bien-être.

Il faut avoir le cœur bien accroché, le sens des sacrifices et une bonne dose de volonté…

Je le disais, lorsque la crise et ses effets sont là… que la précarité gagne du terrain, que la cohésion sociale est menacée, il faut agir et être en capacité d’apporter certaines réponses aux personnes qui en ont le plus besoin.

Le Maire est souvent le premier et le dernier maillon de cette chaîne des doléances et des attentes… Mais aussi le mieux placé pour  prendre le pouls d’une situation critique et des difficultés que vivent, au quotidien, les familles et les entreprises.

C’est à ce moment que l’écoute est importante, irremplaçable, mais c’est aussi cela qui fait la richesse du lien de confiance entre le Maire, l’Elu et les Administrés.

Cette crise d’aujourd’hui nous oblige à repenser « le vivre ensemble » et tout mettre en œuvre pour éviter les processus d’exclusion et de rejet des personnes en grande précarité. Les Maires peuvent alors jouer un rôle d’amortisseur social de la crise et le Conseil Général est là pour les accompagner.

C’est pour toutes ces raisons que je souhaite, ce soir, rendre un hommage un peu particulier à tous ceux qui choisiront ou décideront de ne pas poursuivre l’aventure, dans quelques mois.

Je tiens à les remercier pour leur engagement au service des autres et de l’intérêt général. Bien entendu, je salue également tous ceux qui choisiront de poursuivre avec la même passion, en leur souhaitant bonne chance.

Autre message que je souhaitais vous délivrer ce soir ce sont, et cela n’aura échappé à personne, les contextes si particuliers dans lesquels évoluent nos collectivités… des contextes fluctuants, changeants, complexes, avec un environnement législatif et normatif en profonde mutation pour ce qui concerne la vie de nos institutions locales et des rapports qu’elles entretiennent entre elles…

Je veux parler de cette réforme territoriale, des nouveaux dispositifs électoraux, de la nouvelle carte des cantons, des rythmes scolaires… Bref tout un arsenal de mesures nouvelles, des cadres législatifs et des périmètres inédits qu’il faut appréhender rapidement.

Il ne m’appartient pas ici de commenter les réformes et les nouveaux cadres d’actions territoriales qui en découlent (je me garderai bien de le faire ce soir)

Laissez-moi toutefois et simplement vous dire que tout cela ne sera pas sans incidences directes, sans conséquences notoires, pour nos territoires et le quotidien des Calvadosiens.

Pour en avoir, depuis quelques temps, discuté avec beaucoup d’entre vous, je sais que ces questions vous préoccupent et que chacun peut émettre des inquiétudes légitimes ou pas sur l’organisation future de nos territoires…

Je veux, au moment où je vous parle, vous dire que ces dispositions nouvelles impacteront largement et durablement les relations actuellement entretenues entre nos collectivités respectives : Communes, Intercoms, Syndicats, Pays, Conseil Général, Régional, ou encore Métropoles voisines ou Pôles Métropolitains de demain.

Des rapports, forcément nouveaux, vont naître de ces règles qui modifient en profondeur le paysage et la vie locale. Ces situations nouvelles vont conduire à des changements parfois radicaux, durables, voire irréversibles ; il faut bien s’y préparer et chacun ici doit être conscient de ce nouvel état de fait qui s’imposera à tous.

Des rapports nouveaux, disais-je, avec de nouvelles donnes, au niveau des financements, voire des aides, avec des phénomènes  de contractualisation plus importants encore ou de métropolisation, et donc la crainte de voir les financements d’Etat abandonner les territoires les plus reculés et loin des grands ensembles urbains.

Cette géographie nouvelle des cantons se traduira inévitablement par un net recul de la représentation des territoires ruraux.

De même, pouvons-nous penser que cette nouvelle carte, avec des cantons élargis, aura aussi des conséquences sur le maintien de certains services publics locaux et notamment en milieu rural.

Bien entendu, tous ces facteurs d’évolution et de mutations profondes, vont amener corrélativement une adaptation ou une évolution des conditions dans lesquelles notre collectivité « Conseil Général » exerce ses missions… et définit son cadre d’action.

Depuis toujours, et vous le savez, le Conseil Général du Calvados a constamment démontré sa volonté d’être  présent aux côtés des élus locaux et des Communes et plus récemment des Intercoms, pour les aider, selon le principe d’équite, à toujours plus et mieux équiper leurs territoires et ce, dans la mesure de nos possibilités et de notre capacité à le faire.

Le Département joue pleinement son rôle de gestionnaire de la péréquation territoriale, c’est-à-dire, de garant du bon équilibre entre tous les territoires, et j’insiste, sans exception aucune, de l’agglomération capitale aux plus petites communes.

C’est l’un des marqueurs forts de notre action au service des territoires… et cette année encore sur cette politique d’aide aux territoires : ce sont plus de 25 millions d’euros… sans compter notre aide massive et constante aux grands projets structurants de CAEN et de son agglomération.

Au-delà de ces apports en subventions, sachez que les Services du Département sont aussi là pour vous apporter le conseil et l’expertise en termes d’ingénierie territoriale : je pense notamment à la Direction de l’Aménagement, à celle du Développement et de l’Environnement, à la Direction des Territoires bien entendu, ou encore au Comité Départemental du Tourisme, à Calvados Stratégie ou encore au CAUE en matière d’architecture, d’urbanisme et d’environnement.

Nous sommes là pour vous accompagner, vous apporter, si besoin, cette expertise en tenant compte de la spécificité de votre Commune, de votre Intercom, de votre projet, du mode de management choisi, de votre volonté, en vous  laissant toute latitude sur les choix, en fonction de la commande passée.

En tant qu’espace d’équilibre, le Conseil Général du Calvados a toujours agit en ce sens comme un partenaire fidèle et historique des Communes et des Intercoms, avec pour fil rouge, l’action dans la proximité, en tenant compte de la spécificité de chaque territoire et surtout, je le disais, de la volonté des Elus.

J’espère, que demain encore, nous pourrons maintenir ce positionnement au centre du jeu de la solidarité des territoires et garantir ce précieux équilibre entre l’urbain et le rural. J’espère que la Loi ne remettra pas en cause cette fidélité dans l’action, et que nous pourrons ainsi toujours tenir cet engagement majeur et maintenir ce pacte de confiance et surtout de proximité entre nous.

Je souhaite vivement que ces nouveaux contextes ne nous amèneront pas à modifier de façon trop importante nos politiques départementales vers les territoires, vous comprendrez que ce n’est pas mon souhait, ni celui de mes collègues de la majorité départementale ;

Car je veux devant vous tenir, comme je l’ai toujours fait, le discours de la vérité et vous alerter de la réalité qui s’impose à nous…

Oui nous devrons certainement revoir ou aménager certaines politiques départementales, et sûrement aussi nous recentrer sur nos compétences directes ;

Oui à l’heure où les droits de mutation dégringolent, et le nombre de bénéficiaires du RSA décolle, en progressant en moyenne, chaque mois, depuis le début de l’année, de 100 – 150 bénéficiaires, nous devrons changer de cadre financier, en s’adaptant à cette réalité budgétaire nouvelle.

Mais nous faisons le choix de maintenir nos aides aux territoires pour, malgré tout, garantir un certain niveau d’investissement local, générateur d’heures de travail pour nos entreprises et maintenir ainsi l’emploi local… d’autres départements font des choix différents.

A l’heure où l’Etat se fait moins généreux et je ne me fais aucune illusion, quoi que l’on dise et malgré les mesures prises, on assistera indéniablement sur les prochains exercices budgétaires à un affaissement des ressources et recettes des départements.

Bien qu’il soit difficile, vous vous en doutez, de maîtriser  un budget de près de 750 millions d’euros avec des données et des annonces fluctuantes et de décider pourtant de ne pas avoir recours à la pression fiscale : le Département est toujours là… présent à vos côtés, pour garantir la pérennité de l’humus territorial fertile que constitue le bloc communal et intercommunal…

Chacun sait que l’intercommunalité a mis plusieurs  années à se construire, à être comprise et assimilée par nos populations ; elle est aujourd’hui incontestée et incontestable… et prouve son efficacité dans les nécessaires mutualisations de projets et de moyens, dans les stratégies de développement ; c’est donc bien dans la force des initiatives locales que résident l’attractivité et l’intelligence de nos territoires.

Je souhaitais ce soir, vous faire part de ces risques, de mes craintes et des menaces qui pèsent sur l’avenir de nos collectivités et vous sensibiliser également aux possibles et probables conséquences sur nos rapports futurs, mais surtout vous rassurer de ma totale détermination et mon entière disponibilité pour mener de front tous les combats sur ces questions.

« Regarder l’avenir, c’est déjà le changer »… Je veux être disponible à toutes les idées, à toutes les opportunités, à tous les changements pour remporter cette victoire sur l’emploi, sur la situation économique et sociale qui reste, aujourd’hui, la priorité pour tous les décideurs publics.

En parlant de cet avenir qui nous est cher, de ces horizons prochains, j’exprime aussi et surtout ma confiance en chacun et chacune d’entre vous, qui êtes au cœur des territoires et dans le quotidien de l’action.

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