Caen ou Rouen ?

Le Conseil des ministres de ce 22 avril a défini son plan d’action pour adapter l’administration de l’Etat à la nouvelle donne régionale : sept préfets-préfigurateurs ont été désignés dans les régions redécoupées, ainsi que sept directeurs-préfigurateurs d’Agences régionales de santé et neuf recteurs-coordonnateurs.

Les sept préfets-préfigurateurs sont les préfets de région installés actuellement à Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Lille, Toulouse, Dijon et Rouen. Cette énumération suffit à conclure que les futures préfectures de région seront effectivement et « définitivement » installées dans ces villes, toutes métropoles à l’exception de Dijon.

C’est donc à Caen que devrait donc s’installer le futur conseil régional de Normandie, sauf à ce qu’un vote des 3/5 des futurs élus régionaux n’en décide autrement. Considérant que l’Etat se réserve le dernier mot si un conseil régional contestait le choix de la Préfecture, les dés semblent désormais jetés.

S’il faut se réjouir de voir Caen accueillir dans son Abbaye aux Dames la nouvelle assemblée normande, il convient en même temps de demeurer vigilant. Dans nos esprits durablement marqués du sceau de la centralisation, le vocable « capitale » renvoie à l’appareil d’Etat et à ses représentants. Il ne devrait dès lors pas être trop difficile pour Rouen devenue chef-lieu de la Normandie de s’autoproclamer sa métropole-capitale. D’autant qu’elle a quelques moments de tranquillité pour préempter le mot dans une démarche de marketing territorial sans doute déjà réfléchie.

Le Conseil régional de Normandie, dont l’action politique et économique sera…..capitale, n’existera lui qu’à compter de janvier 2016 et sera d’emblée fort occupé par la fusion de ses services, de ses budgets, de ses politiques, sans compter l’intégration des compétences nouvelles que lui attribuera la loi NOTRe.

Soyons donc attentifs aux messages et gardons bien à l’esprit ce poème galant du XVIIIème siècle qui parlait ainsi du mot et de la chose :

« Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose
Une chose qui donne au mot
Tout l’avantage sur la chose

C’est qu’on peut dire encore le mot
Alors qu’on ne fait plus la chose
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c’est toujours quelque chose

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